Hommes et femmes sont-ils égaux dans leur parcours de rétablissement ?


Une étude à paraître dans le Journal of Clinical Psychiatry suggère qu’il existe des différences sensibles liées au genre, sur des marqueurs comme la qualité de vie, le bien-être et l’auto-stigmatisation chez les personnes suivies en réhabilitation psychosociale pour un trouble du spectre de la schizophrénie.

L’étude a porté sur les données de 1 055 usagers de la réhabilitation psychosociale issus de la cohorte française REHABase, dont 785 hommes et 270 femmes.

Plusieurs marqueurs du rétablissement ont été mesurés à l’aide d’échelles d’évaluation et d’auto-évaluation standardisées, permettant de disposer de données fiables et objectives.

Le rétablissement fonctionnel, autrement dit le fonctionnement de la personne et le retentissement des symptômes sur son quotidien, ont été mesurés à l’aide d’une échelle d’évaluation du fonctionnement, la GAF pour Global Assessment of Functionning Scale.

Le rétablissement personnel a été évalué afin de disposer de données subjectives et qualitatives émanant des personnes elles-mêmes. On appelle rétablissement personnel, le fait de retrouver une image de soi positive, de se rapprocher de son idéal de vie, trouver du sens et des buts épanouissants. L’échelle STORI a été utilisée dans cette perspective, en ce qu’elle permet de se situer sur sa trajectoire du rétablissement, en fonction de l’espoir, de l’envie et de la confiance que l’on a en son propre avenir.

Or, ce que relève cette étude, pour la première fois, c’est que les femmes présentant une schizophrénie sont exposées à des défis bien spécifiques en termes de parcours de rétablissement. Le fait qu’elles doivent assumer plusieurs rôles sociaux leur complique la tâche, d’autant qu’elles subissent en quelque sorte leur statut de femme qui les rend plus vulnérables à la pression sociale et à la stigmatisation.

En effet, le nombre de rôles sociaux est négativement corrélé au bien-être et à la qualité de vie. Les femmes sont celles qui présentent le plus haut niveau d’auto-stigmatisation, ont connu davantage de tentatives de suicide dans le passé, un accès aux soins moindre ou plus tardif, et rapportent une moindre qualité de vie.

Par ailleurs, les femmes verraient davantage de besoins de réhabilitation psychosociale non comblés, des besoins qui évolueraient avec l’âge, de même que la qualité de vie perçue, avec des scores plus faibles encore à partir de 40 ans et des relations interpersonnelles allant se dégradant, davantage que chez leurs homologues plus jeunes. Cela peut être lié à des expériences de vie négatives au fil du temps (divorce, perte de la garde des enfants…).

Devant ces constats, les auteurs de l’étude attirent l’attention sur ces besoins non comblés et l’importance de prendre en compte ces différences de genre dans le parcours de réhabilitation (accès précoce à une offre de soins adaptée aux besoins spécifiques des femmes, réduction des biais cognitifs liés au genre et à la maladie, soutien à la parentalité et approches narratives pour faciliter le développement d’une identité positive au-delà de la maladie et le réinvestissement dans des rôles sociaux significatifs) en fonction des âges de la vie.

Source : Journal of Clinical Psychiatry, 2021, “Sex Differences in Recovery-Related Outcomes and Needs for Psychiatric Rehabilitation in People With Schizophrenia Spectrum” , Marine Dubreucq, Julien Plasse, Franck Gabayet, Olivier Blanc, Isabelle Chereau, Sophie Cervello, Geoffroy Couhet,Caroline Demily, Nathalie Guillard-Bouhet, Benjamin Gouache, Nemat Jaafari, Guillaume Legrand, Emilie Legros-Lafarge, Geneviève Mora, Romain Pommier, Clélia Quilès, Hélène Verdoux, Francis Vignaga, Catherine Massoubre, Nicolas Franck, Julien Dubreucq

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